Sandrine Fallet

 plasticienne

Hommage à M. Bhaubdelou, images filmées en Inde, 01: 01, 08 2007

dessin qui représente une petite fllle qui joue avec ses mains
 
propos

En 2007, j’ai assisté à la projection d’un documentaire sur le Kenya. Les clichés touristiques laissaient place aux tableaux d’un peuple meurtri par la pauvreté, résultat en partie de la décolonisation. Les voyageurs avides de possessions, à l’assaut des derniers territoires libres d’Afrique avaient, soit quitté l’aventure coloniale ne laissant derrière eux qu’une terre asséchée par la misère, soit continué inlassablement d’exploiter ses dernières richesses. Quelques semaines plus tard, nous sommes partis en vacances en Inde. A notre arrivée à New Delhi, nous avons pris un rickshaw, un vélo-taxi. Là, sous une chaleur assommante, Monsieur Bhaubdelou nous a transportés. Nous étions sur un trône roulant, à regarder, écouter, sentir son effort. J’ai pris mon téléphone portable et je l’ai filmé. Ce jour là j'ai eu honte et la culpabilité d'être et d'avoir s'est révélée. Le goût du voyage m’est devenu amer, j’ai senti une résonance avec ma propre histoire. Cela a été une réelle prise de conscience et ma vision du monde, mon travail et ma vie ont alors changé.

Découvrir, parcourir ou survivre avant tout ? Rêve de voyage, d’une autre vie, frontières fermées pour certains, autorisées pour d’autres, pays baignés du passé colonisateur, du passé colonisé. Je suis issue de cette mémoire collective, où certains hommes ont imaginé des zoos humains, à Paris ou à Londres, je suis témoin de ce présent où d’autres laissent périr à leurs portes des enfants. Qui n’est pas complice de ce déclin, de cette perte d’humanité ? Être interpellé par les actes de ses ancêtres, n’est-ce pas l’être aussi par ceux de ses contemporains ? Moi je pense à parcourir leurs pays, eux risquent leurs vies, s’accrochent à des barbelés hissés par leurs frères, pour découvrir le nôtre. D’autres marchent inlassablement dans le désert, traversent les mers. Et la poignée de femmes et d’hommes qui survivent se retrouvent, une fois de plus, quelques décennies plus tard, face non seulement aux regards mais aux armes des autres. Les autres, ou nous, juges et maîtres de leur destin. Certaines de leurs terres ont été convoitées, exploitées et maintenant ces peuples migrent vers des bras européens qui se replient. Actuellement, la migration engendre des métamorphoses, elle a et aura des conséquences sur nos vies. Pourquoi l’émigré, celui qui part, suscite compassion et curiosité et l’immigré, celui qui arrive, engendre crainte et hostilité ? Pourtant, c’est le même homme.

 

Quelle est ma place et quels sont mes privilèges ? Quelle est ma responsabilité en tant que femme européenne et en tant qu'artiste ? Quel est véritablement mon rôle dans cette aventure qu'est l’humanité ?

 
en cours  2020 _ 2018
1/1
 
réalisations  2018 _ 2009
1/1
 
réalisations 2007 _ 1997
1/1
 
 
films sur les réalisations
vidéos
 
clichés 2018 _ 2019
 

Sandrine Fallet, plasticienne, vit et travaille à Châteaubriant, Loire Atlantique
 

biographie

 

MUSE, aquarelle, plan de mode, 120 x 160 cm, 2009  

 

contact
  • Facebook

Ce qui n'est pas dit nous tue

© 2019 SF